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Il faut qu’on parle de… Joséphine Baker


« Eh oui ! Je danserai, chanterai, jouerai, toute ma vie, je suis née seulement pour cela. Vivre, c’est danser, j’aimerais mourir à bout de souffle, épuisée, à la fin d’une danse ou d’un refrain. »

Joséphine baker

Je préfère vous prévenir tout de suite, nous allons parler d’une artiste extraordinaire qui sans aucun doute a marqué l’histoire. Je tiens à souligner le fait que mon article n’est qu’un résumé de sa vie et que j’ai été obligé d’omettre quelques détails sur sa carrière. C’est un symbole de la libération féminine, un symbole de lutte contre la ségrégation, une résistante pendant la seconde guerre mondiale, la première star afro-américaine, un symbole du multiculturalisme, de l’engagement et du vivre ensemble… enfin bref, il faut qu’on parle de Joséphine Baker.

Freda Josephine McDonald est née en 1906 à Saint-Louis dans le Missouri dans une famille afro-américaine et afro-amérindienne très pauvre. Ayant arrêtée l’école à l’âge de 13 ans, Joséphine Baker s’en va de la maison familiale pour travailler en tant que serveuse et se marier.

À l’âge de 15 ans, sa danse particulière plaît et éveille l’intérêt. Elle se fait embaucher pour un chaud de vaudeville du Chœur Saint-Louis avant de partir conquérir New-York. Elle se produira notamment à Broadway dans des revues telles que The Chocolate Dandies en 1924.

Arriver en France

En 1925, Joséphine Baker arrive à Paris pour devenir la première danseuse dans un spectacle nommé La danse sauvage au théâtre des Champs-Élysées dans la première partie de La Revue Nègre. Même si au départ sa prestation habillée simplement d’un pagne fait scandale auprès du public Parisien, elle conquiert très vite leurs sympathies en imposant son innocence et sa malice. La France y verra en elle l’incarnation de La vénus noire de Baudelaire, faisant d’elle un symbole contre la ségrégation, dans une période historique ou le nationalisme et la xénophobie renaissent, et où les plais de l’image coloniale du peuple noir et du continent africain sont encore ouvertes. Elle va également contribuer à l’éveille du Jazz et de la musique afro-américaines dans la culture française, en incluant notamment le charleston à sa danse.

D’ailleurs, elle devient la Muse des cubistes tels que des peintres comme Pablo Picasso ou Man Ray, des écrivains comme Ernest Hemingway ou encore des créateurs comme Christian Dior. On dit qu’elle embrasse l’Europe.

Poursuivant sont ascensions fulgurantes, Joséphine Baker effectue une tournée européenne pour se retrouver par la suite à la tête de la revue des Folies bergère deux ans plus tard, en pimentant son spectacle d’une note fantastique et frissonnante en étant accompagnée sur scène d’un léopard.


J’AI DEUX AMOURS (1931) – Compo : Vincent SCOTTO

« J’ai deux amours
Mon pays et Paris
Par eux toujours
Mon cœur est ravi
Ma savane est belle
Mais à quoi bon le nier
Ce qui m’ensorcelle
C’est Paris, Paris tout entier »


En 1939 , Joséphine Baker effectue une tournée américaine qui ne connaîtra pas un grand succès. En effet, le public américain lui reproche d’être « trop française » et elle est souvent victime de ségrégation. Un an plus tard, elle revient vivre en France, épouse Jean Lion et accède à la nationalité française. Elle dira : « La Tour Eiffel est très différente de la Statue de la Liberté, mais quelle importance ? À quoi bon avoir la statue mais pas la liberté ? »

Seconde guerre mondiale

La vie de Joséphine Baker est aussi marquée par son engagement dans la résistance contre le régime nazi en place durant la seconde guerre mondiale.

En 1939, elle s’engage dans la Croix-Rouge sur la ligne Maginot pour venir en aide aux soldats blessés et leurs offres des spectacles afin de leur redonner du courage. Elle s’enclave également dans les services d’informations français et fait passer des messages codés dans ses partitions et ses chansons. Elle confira au capitaine Jacques Abtey : « Les français m’ont tous donné, ils m’ont offert leurs cœurs, je leur offre le miens. Je suis prête capitaine à leur donner ma vie. »

Elle se retira ensuite dans son château des Milandes afin d’organiser la résistance, puis à Londres au côté du Général De Gaulle. En 1941, à la suite d’une septicémie (infection bactérienne) mal soignée, Joséphine Baker apprendra qu’elle ne pourra jamais enfanter. En 1943, elle ira au Moyen-Orient faire une tournée, et reviendra en 1944 à Marseille avec l’armée de l’air, ou elle deviendra sous-lieutenant des filles de l’air pour l’honorer. En 1946, De Gaulle lui écrit personnellement pour la féliciter : « J’ai vu et beaucoup apprécié durant la guerre, les grands services que vous avez rendus dans les moments les plus difficiles. Je n’ai été par la suite que plus touché de l’enthousiasme et de la générosité avec laquelle vous avez mis votre magnifique talent à la disposition de notre cause et de ceux qui la servaient. »

Elle sera par la suite décorée de la Légion d’Honneur en 1961.


La petite tonkinoise

« C’est moi qui suis sa petite
son Anana, son Anana, son Anammite
je suis vive, je suis charmante
Comme un p’tit oiseau qui chante
il m’appelle sa p’tite bourgeoise
sa Tonkiki, sa Tonkiki, sa Tonkinoise
D’
autres lui font les doux yeux
Mais c’est moi qu’il aime le mieux. »


L’utopie du château des Milandes

En 1947, Joséphine Baker achète le château des Milandes qu’elle louait depuis 10 ans et dont elle avait fait un haut lieu de la résistance. Mais ce n’est pas tout : elle acheta aussi le village de Sarlat à qui elle redonna vie avec notamment un accès à l’eau potable gratuite et pour tous le monde. Elle fit de son château un véritable palais avec un jardin immense, un café-théâtre, une écurie, et s’entoura de dizaines de domestiques afin d’entretenir son nouveau monde. Sa famille la rejoindra quelques années après. Parallèlement elle épousa le chef d’orchestre Joe Bouillon.

En 1954, elle adoptera son premier enfant : s’ensuivront onze autres adoptions, chacune dans différents pays, qu’elle surnommera « La tribu arc-en-ciel ». Elle fit du village de Sarlat une utopie de l’acceptation et du multiculturalisme « J’ai eu cette idée parce que j’ai vu tellement d’incompréhension entre les êtres humains et sois disant adulte. Et j’étais sûr qu’avec des tous petits enfants, ils pourraient donner l’exemple absolu de la fraternité mondiale. » Elle organise notamment à Milandes de grande conférence contre le racisme.

Membre depuis 1947 de la ligue contre le racisme et l’antisémitisme, Joséphine Baker s’illustra dans son combat contre la ségrégation, en refusant par exemple de se produire sur scène lorsqu’elle en est victime. Elle s’engagea également au côté du pasteur Martin Luther King, où elle viendra en costume de militaire français durant son grand discours du 28 août 1863 pour la marche de Washington.

« Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : “Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux”. »

M. Luther King

Fin de sa vie : la descente

En mai 1957 après dix années de mariage, Joséphine Baker et Joe Bouillon décide de divorcer. Ayant des problèmes financiers à cause en partie de ses fulgurances et de l’entretien de son château, elle finit le reste de sa carrière artistique en faisant des tournées pour vivre et régler ses dettes. Mais même en additionnant les dons de ses admirateurs français et ses cachets d’artistes, elle dût se résigner à vendre Milandes et le village de Sarlat aux enchères à un prix presque dérisoire.

Quasiment ruinée, la princesse et son ami Grace de Monaco viennent à son aide en lui offrant une villa et en l’aidant financièrement jusqu’à la fin de sa vie. Joséphine Baker s’établit donc à Monaco pour offrir un cadre idéal à ses douze enfants, et espère également relancer sa carrière dans des conditions favorables.

Mais le 12 avril 1975 à trois heures du matin alors qu’elle se produisait depuis quelques jours dans un théâtre Parisien, Freda Josephine McDonald décéda à la suite d’une attaque cérébrale. Même si le temps fut trop court pour terminer son combat contre la ségrégation, elle ouvrit le chemin de la tolérance et de la fraternité notamment dans les mentalités françaises.


QUAND JE PENSE A CA (1968)

« Quand je pense à ça
Quand je pense à ça
Quand je pense à ceux qui souffrent si loin de leurs foyers
Je voudrais les réunir et demain retrouver
À tout jamais,
À tout jamais
La paix.

Et alors du monde entier
Un cri d’amour enfin jeté
Effacerait,
Effacerait
Tout ce passé »